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 Valeri Karaïev

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Valeri Karaïev

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✝ Arrivée à Vienne : 14/01/2013
✝ Sorts : 26



MessageSujet: Valeri Karaïev   Mer 27 Fév - 17:36


Valeri Karaïev
« Tous ces ignares ne pouvaient comprendre la beauté divine qu'il offrait à leurs oreilles »

NomKaraïev
Prénom(s) Valeri Berislav
Date de naissance2 janvier 1888
Âge52 ans
Ecole fréquentée, et filière choisieDurmstrang, spécialité Droits & runes, Droit Avancé, Histoire de la Magie Renforcée, Runes
Statut de SangMère sorcière, père inconnu
NationalitéRusse
SituationCélibataire, sans enfants... légitimes.
HabitationUn grand appartement non loin du Staatsoper
AvatarAnthony Hopkins
BaguetteCypres, Plume de Phénix, 28,7 cm, Solide
LoisirsMaîtrise d'un grand nombre d'instruments, Compositeur, aime passer ses journées modestement incognito au Volksoper
EpouvantardLui-même, sourd
PatronusRosignol
MétierChef d'Orchestre du Wiener Philharmoniker, Orchestre philharmonique de Vienne
Localisation actuelleVienne, Autriche
Pro-Grindelwald ?Ne s'est jamais opposé au Mage Noir mais ne lui a jamais apporté son soutien non plus
RêveRester dans les annales de la musique classique
...Un sourire de Russie...
Klavdia Karaïev s'approcha de son fils et s'accroupit près de lui. Le môme avait dessiné dans le sable une portée, avec une clé de sol bancale. Il tourna la tête vers sa mère et lui offrit un sourire que seuls les enfants peuvent faire. Il fit avec ses mains quelques signes :
Maman, apprends-moi un nouveau morceau.
Elle sourit et lui répondit.
Mais tu n'as pas pu apprendre la comptine en deux heures Valeri, si ?
Le sourire du petit garçon s'élargit ... Puis, de sa voix fluette, il se mit à chanter.
Sans faute. Mon fils ... Je suis fière de toi.
Elle le prit sur ses genoux, puis avec un bâton commença à dessiner dans le sable sur la portée de son fils de nouvelles notes ... Il les chantait au fur et à mesure qu’elle les traçait : « Fa fa sol la la sol fa mi … »
__

Valeri avait huit ans. Les journées à l’école primaire était toutes plus mornes les unes que les autres pour lui. Seuls les cours de musique lui apportaient un réconfort minime : ils étaient si peu à comprendre toutes les subtilités des mélodies de Mozart ou de Bach. Les autres n’étaient qu’une bande d’ignares, brutes sans finesse.

"Qu'est-ce que t'as Karaïev ? Tu vas chialer ? Tapette va !"

Valeri ramassa ses livres sans prononcer mot ... La brute qu'il l'avait poussé lui arracha un cahier des mains.

"Qu'est-ce que c'est que ces merdes ?"fit-il de sa voix débile en feuilletant brutalement son livret de partitions. Cet imbécile n’avait même pas idée de ce qu’il avait entre ses mains. Comment pourrait-il comprendre que la symphonie numéro sept de Beethoven était un œuvre magistrale, que « ces merdes » étaient des notes destinées aux oreilles des rois, et qu’il les souillait de ses mains abjectes.

Valeri soupira profondément ... Cet entretien l'ennuyait. Bien que cet abruti soit plus grand et plus costaud que lui, il semblait avoir le QI d'une huître -et encore. Il parcourait son cahier en affichant une grimace digne du plus parfait des crétins. L’idiot balança son cahier par terre.

"Je perds mon temps à parler à une tarlouze comme toi," fit-il.

Puis il s'éloigna. Valeri ramassa son cahier. Les pages étaient à présent toutes cornées, la couverture déchirée ... Tous les enfants couraient autour de lui en criant. Leurs jeux stupides ne l'intéressaient pas. Il se tenait là, au milieu de la coure de récréation, du haut de ses huit ans, les larmes aux yeux devant un livret abîmé. Bien sûr, ce n'était pas si grave, il en connaissait le contenu par cœur. Mais voir la musique si sous-estimée lui fendait le cœur. Il aurait souhaité que tous comprennent qu'il y avait tellement plus que ça à la vie. La cloche le tira de sa rêverie. Les professeurs, tels des vautours, s'abattirent sur les élèves pour leur ordonner de rejoindre leur classe. Valeri fila, seul, comme d'habitude.

___


"Une autre Klavdia !" répétaient en cœur les ivrognes accoudés au bar.

Klavdia s'inclina, se rassit au piano et entonna un nouvel air. Les hommes se mirent à chanter faussement, trop ivres pour être justes. Valeri, au violon, accompagnait sa mère en souriant. La scène était assez pittoresque. Dehors, le vent du soir soufflait, la neige tombait drue et la seule source de lumière de cette rue misérable provenait d'un bar miteux où retentissaient des vieux chants traditionnels braillés par des alcooliques, menés par une pauvre musicienne muette sans renom et son gosse illégitime. Et pourtant, ce gosse, il était heureux. Probablement plus heureux que la plus grande partie des gosses de son âge. Il était heureux parce qu'il avait un sens ici. Il était à sa place. Sur une scène, accompagné de la musique. Le reste n'avait pas d'importance. Les autres s'intéressaient à des matières inutiles, jouaient à des jeux inutiles, bref, ils perdaient leur temps. Lui savait ce qu'il voulait, savait ce qu'il ferait de sa vie. Il ne pouvait finir ailleurs que sur scène. Une scène majestueuse, contrairement à sa mère. Devant un public qui l’adorerait, comme sa mère. Mais un public qui l’aimerait pour ses capacités musicales, et pas pour les services qu’il leur offrirait … Un de ces picoleur pouvait très bien être son père, il n’en saurait rien. Ce n’était pas qu’il reprochait quoi que ce soit à sa mère. Il l’aimait plus que tout au monde. Il lui devait tout. Il mourrait pour elle. Elle n’avait juste pas le même potentiel que son fils. Et deux bouches à nourrir pour une pauvre musicienne, Dieu sait que cela est compliqué.
Pourtant, depuis qu’il était à Durmstrang, la vie était plus facile pour Klavdia. Ils avaient obtenu une bourse pour son fils, elle n’avait donc même pas à payer les frais de scolarité. Mais cette distance entre eux leur était pénible.
Valeri n’aimait pas Durmstrang. Il la haïssait. Certes, il avait plus d’amis qu’à une époque, il était plus accepté, il était même très apprécié, que ce soit des élèves ou des professeurs. Son comportement et ses notes étaient exemplaires, sa culture et son caractère faisait de lui quelqu’un de très intéressant. Mais il n’avait pas l’autorisation d’apporter un instrument, quel qu’il soit. Alors, durant son temps libre, il composait. Il chantait. Il lisait. Il travaillait. Il s’ennuyait. Son quotidien était monotone, sans saveur et il supportait de moins en moins cette routine assommante.
La nuit, il rêvait de son succès, de son public et de sa scène. Il rêvait de son futur. Il l’attendait impatiemment. Et quand il serait arrivé, Valeri serait prêt.
___

"Tsvetana, laisse-moi te présenter mon meilleur ami !"

Lavr saisit le bras de Valeri et l'attira vers lui, bousculant au passage les personnes qui se trouvaient entre eux.

"Valeri, dis bonjour !"
"Lavr, j'apprécierais beaucoup qu'à l'avenir tu évites de me parler comme à un animal de compagnie ..." dit Valeri légèrement irrité.

La salle de fête était bondée. Lavr l'avait encore traîné à une de ces fêtes stupides qui puaient l'alcool et la débauche. Ils fêtaient l’obtention de leur diplôme. Il savait bien que son ami essayait de l'introduire à cette ambiance qu'il appréciait tellement, mais ce n'était pas du tout le monde de Valeri. Pourtant, depuis quelques années à présent, il était une personne assez populaire, beaucoup de jeunes hommes de son âge voyait en lui un leader charismatique. Il était notamment populaire auprès des filles. Ce jeune homme, tellement plus mature que les autres, au sourire réputé et à l'allure ténébreuse. De plus, ses talents de musiciens étaient bien connus. Lavr n'arrivait pas à comprendre comment Valeri pouvait ne pas profiter d'un tel succès. Il présentait sans cesse de nouvelles filles à Valeri, tentant de réveiller ne serait-ce qu'un léger intérêt pour l'une d'entre elles, mais jamais il n'avait eu l'air de souhaiter une véritable relation amoureuse quelconque.

"Tsvetana, Valeri. Valeri, Tsvetana."

C'était une jolie fille, avec de grands yeux bleus et des cheveux bruns. Lavr guetta quelconque réaction de la part de son ami. Ce dernier lui offrit l'un de ces sourires bien connus, ravageurs, mais froids. Rien. Lavr poussa un soupir intérieurement et s’éloigna, délaissant son ami pour un jeu de beuverie qui venait de débuter à une table.

"Comment s'appelle votre père ?" demanda Valeri.
"Ivan."
"Enchanté, Tsevtana Ivanova."
"Tout le plaisir est pour moi ..."

Ils restèrent ainsi à se dévisager quelques temps. Enfin, elle prit la parole.

"J'ai déjà entendu parler de toi."
"Vraiment ?" Il haussa un sourcil.
"Oui. Tu es bien connu dans notre établissement.
"Je ne sais pas si je mérite réellement quelconque réputation.
"C'est encore à voir ..." dit-elle avec un sourire malicieux. "Valeri Karaïev, le virtuose, la beauté froide de Durmstrang.
"J'ignorais qu'on m'attribuait une telle description."

Les rires et les chants fusaient de partout, la musique était forte et enchaîna sur une valse. Valeri tendit une main à la jeune femme, l'invitant silencieusement à rejoindre la foule de danseurs. Elle lui accorda cette danse avec un sourire radieux. Il saisit délicatement les doigts de la jeune femme, posa son autre main sur sa taille, juste au bon endroit, ni trop haut, ni trop bas. Puis, d'un pas assuré, il l'entraîna dans la foule.

"Tu es exactement comme elles t'avaient décrit," dit-elle en souriant.
"Plaît-il ?"
"Séduisant. Si tu savais combien de filles se languissent pour un nouveau sourire de ta part."

Valeri rit doucement, et Tsvetana se laissa lentement emportée par son sourire et son regard perçant. Il dansait bien, ses pas étaient assurés, son rythme parfait. Et ses yeux ne la quittaient jamais. Jamais il ne détournait le regard, elle avait l'impression d'être en cet instant la plus importante à ses yeux. Tsevatana avait toujours cru que les rumeurs étaient exagérées et qu'il n'était qu'un bellâtre inintéressant. La musique s'arrêta et des voix retentirent :

"Valeri !"
Ce dernier porta lentement la main de Tsvetana à ses lèvres et y déposa un léger baiser.

"Ce fut un honneur de valser avec vous, Tsvetana Ivanova."
Elle ne répondit rien, subjuguée.

"Valeri, tu viens jouer un truc ?" demanda un de ses amis en passant à côté de lui.
"J'arrive."

Il lâcha doucement la main de la jeune femme et s'éloigna vers l'estrade où se trouvaient les musiciens. Il grimpa et des acclamations retentirent. Valeri se tourna vers le violoniste : "Puis-je ?" Ce dernier lui tendit son instrument. Le jeune homme, après avoir adressé un autre de ses sourires, leva le violon, posa son archet sur une corde. Il n'y avait plus un bruit dans la salle, tous les regards étaient rivés sur lui. Il inspira et entama un la, lent et doux ... Puis un si. C'était une mélodie triste, il faisait pleurer le bois comme il avait appris à le faire si bien. Ses yeux étaient clos, ses sourcils légèrement froncés. Toute cette froideur que ses traits arboraient généralement avait disparue. Il affichait une expression indescriptible. Puis ... Il ouvrit les yeux, et un sourire se dessina sur ses lèvres tandis que le rythme se faisait de plus en plus rapide. La mélodie devint plus joyeuse et enjouée, les conversations et rires reprirent. Certains battaient le rythme de leurs mains, d'autres dansaient. Quand il eut fini, les applaudissements furent assourdissants. Valeri en eut des frissons. Il le savait. Elle était là sa place. Sur une scène, accompagnée de la musique.
Il rendit son violon au musicien et descendit de l'estrade où l'attendait une petite foule de gens qu'il connaissait ou non, qui lui serrèrent la main, le félicitèrent. Et l'ennui revint. Puis il croisa le regard de Tsvetana. Elle se fraya un chemin jusqu'à lui et glissa à son oreille :
"Exactement comme elles t'avaient décrit ..." Elle, l'admirait. Lui, avait déjà oublié son prénom.

___

Lavr poussa un soupir avant de tendre une cigarette à Valeri. Ce dernier l'accepta de bonne grâce et l'alluma tandis que son ami s'enfonçait dans son siège en posant ses pieds sur la table basse devant eux. Une serveuse vint leur apporter deux cafés et quand elle fut partie, Lavr prit la parole :
"J'ai reçu ma lettre de mobilisation ... Je pars demain au front."
Valeri ne répondit rien et expira de la fumée en un soupir. Il semblait que la nouvelle ne lui avait fait ni chaud ni froid. Mais il avait senti son coeur rater un battement. Ils se fixèrent pendant quelques minutes. Lavr était l'une des seules personnes à qui il accordait une réelle importance, et le voir partir à l'abattoir ne l'enchantait guère. Lavr à Durmstrang avait pris pour spécialisation les duels, il aurait donc certainement plus de chances de survie. Mais cela n'empêchait Valeri de craindre la perte de son meilleur ami.
"Tu continueras à participer aux manifestations ?" demanda Lavr.
Le musicien ne répondit pas immédiatement. Il réfléchissait. Depuis peu, Moscou –comme la Russie entière- était ébranlée par des soulèvements populaires contre le Tsar et contre la guerre qui ravageait l'Europe. Lavr l'y avait traîné de force au début. Mais Valeri, lentement, avait pris à cœur les discours et les idées marxistes. Il en était venu à partager le combat de son ami, et même à croire que leurs vies s'amélioreraient. Il en était venu à ressentir un sentiment d’appartenance à son peuple. Et quand il marchait aux côtés de ses frères, sans pouvoir l'expliquer, il ressentait le même bien-être que lorsqu'il jouait du violon, du piano, qu'il jouait de la musique.
"Je continuerai. Pour toi et moi."
"Bien..."
Lavr ferma les yeux et laissa sa tête reposer contre le dossier de son siège. Valeri, tourna la tête et regarda à travers la fenêtre ... Dehors, les rues étaient désertes, Moscou, vidée de ses hommes, était comme morte.
__
Klavdia lisait dans son fauteuil préféré. La soirée était déjà bien avancée et son fils n'était toujours pas rentré. Il était sûrement encore à l'une de ces réunions du gouvernement auxquelles il avait commencé à participer dès la chute du Tsar. Jamais elle n'aurait cru que son fils se serait tourné vers la politique plutôt que la musique. Mais quoi qu'il fasse, elle était fière de lui. Elle craignait seulement qu'il regrette ce choix plus tard.
Elle pouvait entendre par la fenêtre le vent nocturne siffler, puis, la neige se mit à tomber, lente et précieuse. Klavdia posa son livre sur ses genoux et tourna la tête en souriant. Aucun nuage en vue ...
Soudain, la porte s'ouvrit brutalement et elle eut tout juste le temps d'apercevoir son fils dans le couloir, détalant vers sa chambre, elle pouvait l'entendre s'y affairer, et pour cause, il produisait un vacarme assourdissant. Klavida se leva et s'avança dans le couloir ... Elle s'approcha lentement de la chambre de son fils et toqua à la porte pour signaler sa présence, pour ne pas l'effrayer. Valeri fouillait son armoire comme un forcené et fourrait frénétiquement de vêtements une petite valise posée sur son lit, il ne lui paya aucune attention, elle toqua un peu plus fort et sans répondre, il ferma rapidement la mallette, posa son étui à violon et y rangea précautionneusement son instrument. Tandis qu'il le refermait, il prit enfin la parole :
"Nous devons partir."
Cette annonce laissa la femme de marbre. Mais le timbre de la voix de son fils l'inquiétait. Elle le fixait, attendant la suite, anxieuse. Il rassemblait des partitions éparpillées sur le sol de sa chambre.
"Un ami haut-placé est venu me voir. Trotsky va être exilé et cette espèce de porc de Staline va prendre le contrôle du gouvernement."
Valeri leva les yeux vers sa mère, qui le contemplait de façon stoïque, alors il se releva et fourra ses papiers dans une poche de son étui avant de se tourner à nouveau vers elle.
"Nous devons partir," répéta-t-il.
Elle n'avait pas bougé d'un centimètre. Valeri, irrité, s'approcha d'elle et saisit ses épaules :
"Mère, notre pays aux mains de cette espèce de malade mental ne sera plus qu'une boucherie ! Nous allons nous faire tuer ! Et par nous, j'entends le peuple russe ! Je le connais cet aliéné ! C'est un homme violent, cruel, impitoyable ! Il ne peut pas comprendre notre combat, et la seule solution qu'il trouvera sera la violence.
Elle le contempla sans répliquer et Valeri se demanda si elle était devenue stupide, sourde, ou juste insensée.
"Il faut-"
Elle leva les mains.
Non.
Valeri fronça les sourcils.
"Non ? Mère, je sais que cela vous fait peur, mais n'est-il pas préférable de tout laisser et fuir une mort certaine ? Tout est préférable à la mort et la misère ! Nous jouerons pour gagner nos vies ! Nous voyagerons ! De nouveaux pays, de nouvelles rencontres, cela ne vous fait-il pas rêver ?"
Non.
"Mère ! Nous reviendrons un jour ! Moscou sera libérée du tyran et nous la reverrons ! Nous retrouverons tout ce qui nous est cher, et nous serons heureux, comme avant !... Mais rester est impossible ..."
Non.
Valeri la secoua doucement par les épaules.
"Nous ne pourrons plus nous exprimer ! Nous ne pourrons plus vivre ! Nous ne pourrons plus faire de musique !!... Lavr est mort, et si vous restez, vous mourrez aussi ! Si vous restez, je mourrai. Mère, entendez raison. Nous devons quitter le pays ..."
Je sais. Mais jamais je ne quitterais ma Russie ou Moscou. Jamais ...
Le désespoir empêcha Valeri de continuer. Il pinça les lèvres en secouant doucement la tête, la suppliant du regard. Jamais il ne la ferait changer d'avis ... Il regardait ce visage qu'il chérissait tant et en mémorisait chaque détail car il savait qu'une fois la porte franchie, il ne le reverrait plus jamais ... Klavdia porta ses mains au visage de son seul enfant, son fils prodige, sa merveille, son chef-d'oeuvre, son virtuose, sa chair, son sang ... Il se pencha sur elle et posa son front contre le sien. Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes ...
Je t'aime Valeri.
-Mère, par pitié ..." murmura-t-il.
Elle caressa tendrement sa joue et sécha de son pouce la première et dernière larme qu'eut jamais versée son fils ... Il prit sa main et l'embrassa doucement. Son visage était déformé par la douleur du départ. Klavida déposa un baiser contre son front.
Pars.
Valeri saisit son violon et sa mallette, enfin, quitta l'appartement, abandonnant derrière lui tout ce qu'il n'avait jamais connu, sans se retourner ...

__
La salle du Volksoper était bondée, comme toujours. L'alcool coulait à flot, les éclats de rires et les cris étaient assourdissants. À différentes tables, des hommes jouaient au poker en fumant des cigares plus gros que leurs dix doigts réunis. Des prostituées les entouraient, les flattaient, les enlaçaient et les étouffaient de leurs poitrines volumineuses. Le paradis était rempli de spectateurs au point que des enfants étaient assis sur la rambarde, inconscients du danger qu'ils couraient.
Valeri l’observait, son public tant aimé. Il aimait ce bordel festif, cette ambiance singulière qu'il n'avait trouvée que dans les opéras populaires. Ici, les soucis extérieurs n'avaient pas lieu d'être. Pas de complots politiques entre deux murmures : ces gens n'étaient pas politiciens. Ils étaient artisans, ouvriers, mendiants, voleurs, musiciens de pacotille, moldus, rebelles, Cracmol. Et ces moins-que-riens étaient le meilleur public de tous, le plus honnête, le plus généreux, le plus véritable. Ils ne prétendaient pas connaître quoi que ce soit à la musique classique, mais ils faisaient toujours savoir ce qu'ils appréciaient le plus. Et ce qu'ils appréciaient le plus, c'était ce violoniste russe sorti de nulle part, cet exilé, ce martyr du régime communiste, ce voyageur qui avait vu toute l'Europe et avait finalement posé ses bagages ici, à Vienne.
Lorsque Valeri s'avança sur la scène, la salle entière lui offrit une ovation comme nulle autre. Une ovation sincère. Ceux qui s'en fichaient n'applaudissaient pas, ceux qui étaient heureux le faisaient savoir. Ici, ce qu'ils aimaient, c'était être surpris. Valeri leur offrait des improvisations, seul sur scène, des mélodies vives qui chassaient leur ennui, leurs soucis et leur vie sans saveur. Et quand il eut fini, tous rêvaient d'être à sa place ; ils l'aimaient. On lui lança des fleurs et on lui cria dans une langue qui lui était étrangère qu'on l'aimait. Il fit la révérence, attrapant une rose en plein vol, offrit un clin d'œil accompagné d'un sourire à damner les dieux à une quelconque admiratrice -qui défaillit-, et quitta la scène en souverain de l'opéra.
Bien qu'il soit rentré dans les coulisses depuis cinq minutes déjà, les applaudissements ne s'arrêtaient point. Tous les artistes se pressaient autour de lui pour le féliciter, comme tous les soirs. Puis peu à peu, ils s'éloignèrent tous, le laissant se repaître de sa gloire en paix. Il ferma les yeux et leva le nez au ciel en souriant. Une voix le sortit de sa transe.
"Monsieur Karaïev ?"
Il ouvrit les yeux. Un homme, à l'allure élégante lui faisait face. Il portait un imperméable de bonne qualité et des chaussures cirées. Il appartenait à la haute société. Or, la haute société à Vienne se résumait à des sangs-purs et sangs-mêlés. Il était donc comme lui sorcier. Valeri ne s'était pas encore déclaré au ministère de la magie, et il redoutait que la visite de cet homme en soit l'objet ...
"Lui-même ... Et à qui ai-je l'honneur ?"
L'homme s'approcha et lui tendit une main qu'il serra. Une poigne faible et lente : ce n'était pas un homme d'action. Probablement était-il un sang pur, dont la fonction avait été offerte grâce à son rang social.
"Andreas Bergmann. Je suis le directeur du Staatsoper. Vous et moi avons beaucoup à discuter. Y compris de votre avenir."
Valeri lui offrit un de ses sourires bien connus. Sa tension intérieure retomba et laissa place à l'excitation. Un homme comme Bergmann avait tant à lui offrir ...
"Si vous voulez bien me suivre," dit Valeri en lui montrant d'un geste de la main un couloir.
Il l'emmena dans sa loge où ils pourraient parler en toute tranquillité. Il s'assit en faisant signe à Bergmann de faire de même.
"-Cigarette ?
-Volontiers," répondit le directeur en prenant celle que Valeri lui tendait.
Le russe lui tendit un paquet d'allumettes. Tandis que Bergmann allumait son petit rouleau de tabac, le musicien s'enfonça confortablement dans son siège. Il fixait l'homme devant lui, attendant qu'il prenne la parole.
"Valeri -je peux vous appeler Valeri ?-, vous êtes une personne très ... intéressante, vous savez ?" commença-t-il en recrachant quelques gerbes de fumée.
"Ah ?"
"D'où venez vous ?"
"De Moscou Monsieur."
"Aah ... La capitale," soupira-t-il en faisant tomber des cendres dans un verre vide devant lui.
Valeri revoyait les neiges pures recouvrant les rues d'un manteau blanc, les ivrognes attachants, le rire de Lavr, le sourire de sa mère ... Comme si c'était hier. Bergmann tira sur sa cigarette. Il prenait son temps, ménageait Valeri. Cet homme aimait s'entendre parler, attitude qui avait le don d'exaspérer le russe.
"Êtes-vous parti en raison des revo-..."
"Si cela ne vous importune point, je préfère garder les raisons de mon départ pour moi-même," l'interrompit sèchement le virtuose.
"Naturellement, excusez ma nature curieuse ..."
Il offrit un sourire contrit à Valeri, contrarié par son opposition. Il n'avait pas pour habitude le refus des autres. C'était définitivement un sang-pur, assisté, gâté, à qui on avait tout donné. Sans aucun mérite aucun.
"Comment êtes-vous arrivé jusqu'à notre belle cité ?"
Les questions incessantes et indiscrètes de cet abruti commençaient légèrement à irriter Valeri.
"J'ai voyagé, principalement par train, à travers toute l'Europe. Minsk, Prague, Londres, Paris, Florence ... Je les ai toutes vues. Moi, mon violon ... Mais nous ressentons tous le besoin de se sédentariser, de poser sa pierre à un moment donné ... Et Vienne est la capitale de la musique, que pourrai-je souhaiter de plus ?"
Bergmann sourit et enfin, aborda le sujet qu'il l'avait réellement amené ici ...
"Vous pourriez souhaiter le poste de soliste de l'orchestre de l'opéra le plus prestigieux de Vienne ?"
Le sourire de Valeri s'élargit. Enfin, ils parlaient sérieusement ...

__

"Valeri !" s'écria Bergmann tout sourire en voyant son étoile montante franchir la porte de son bureau.
"Vous désiriez me voir me voir Andreas ?" demanda-t-il de sa voix la plus mielleuse possible.
"Oui ! Il y a une chose dont je souhaitais vous parler."
Bergmann lui fit signe de s'asseoir. Valeri Karaïev était la perle de Vienne : ce violoniste hors-pair, ce virtuose sans égal ... Il était la fierté du Staatsoper. Mais la renom de ce jeune homme pouvait être plus grande encore, et Bergmann souhaitait bien la lui offrir. La popularité de Karaïev ne servait qu'à faire grandir la sienne. Après tout, n'était-il pas celui qui avait trouvé le russe, gâchant ces talents pour des abrutis du Volksoper ?
"Valeri, vous êtes sans doutes le meilleur musicien que j'ai pu rencontrer jusqu'ici," débuta-t-il en croisant les doigts.
Le russe ne répondit pas et se contenta de sourire. De la part du directeur, il n'avait que faire de compliments. Il le savait qu'il était un grand musicien. Mais il avait trente-six ans, et il pouvait être tellement, tellement plus. Ce n'était pas un hasard si il se trouvait ici, à cet instant, dans ce bureau décoré superficiellement, devant cet homme qui se complaisait dans sa prétendue richesse et culture. Il savait pertinemment ce que cet idiot pistonné lui voulait ... Bergmann se leva, vint se placer devant lui en s'appuyant contre son bureau. Il entrecroisa ses doigts, comme toujours, et enfin prit la parole.
"Je ne vais pas tourner autour du pot. Vous savez très bien que nous devons remplacer feu Stefan Ochsmann. La place de chef d'orchestre est vide, c'est inacceptable pour un orchestre comme le nôtre. Bref je..."
"Vous me considérez pour le poste ?" le coupa Valeri.
Le musicien n'était pas idiot.
"Oui," répondit le directeur. "Vous êtes le meilleur musicien et compositeur que cet orchestre aie vu depuis des décennies, peut-être même des siècles !"
Cet idiot de sang-pur avait le chic pour tout exagérer en permanence.
"Je ne vois pas en quoi nous pourrions souhaiter mieux. Et les avantages pour vous !... Chef d'orchestre à trente-six ans au Staatsoper, c'est du jamais-vu. Vous deviendriez une célébrité !"
Valeri ne pouvait affirmer sans mentir que la célébrité ne l'avait jamais attirée. Il avait toujours souhaité la postérité, et la célébrité était l'un de ses aspects.
"Je n'ai jamais conduit un orchestre pourtant," dit-il, bien qu'il s'en savait tout à fait capable.
"Nous pouvons vous mettre à l'essai. Et puis, si cela ne vous plaît pas, nous chercherons quelqu'un d'autre ... Mais je n'ai aucun doute sur le fait que vous soyez la personne qu'il nous faut."
Valeri hocha la tête ... Il tendit la main à Bergmann et ce dernier la serra, en souriant.
__

Valeri se tenait debout, au beau milieu de son bureau. Une main posée contre son ventre, il se concentrait sur la cadence, lente et reposante, de sa respiration. Il performait ce petit manège avant chaque concert. C'était son rituel : il vidait son esprit, essayait de ne plus penser à rien. La pièce était plongée dans le noir et il pouvait entendre les rires et la rumeur des bavardages de ses spectateurs, au loin, étouffés. Tout à coup, trois coups, léger, retentirent contre la porte, l'extirpant de sa transe médiatique.
"...Oui ?
"Plus que dix minutes Valeri,"fit une voix derrière le panneau de bois.
Il entrouvrit les yeux et soupira.
"Merci Vincent," répondit-il.
Les pas étouffés de son soliste s'éloignèrent peu à peu. Le tintamarre des spectateurs s'évanouit, ces derniers ayant quitté le hall pour rejoindre leur place. Il était à présent seul, accompagné du silence.
Le silence. Le frère ennemi de sa meilleure amie, de sa confidente, de son amante, de sa déesse, de sa vie. Pourtant, le silence faisait partie intégrante de la musique. Sans lui, elle s'essouffle, ne sait plus où elle va. Sans silence, la musique ne voudrait plus rien dire. Le silence faisait également parti de Valeri. Klavdia Karaïev étant muette, toute son enfance avait été bercée par la lourdeur du calme. Sa nature réservée et son tempérament placide l'avait de plus préservé de l'immaturité et de la stupidité des autres enfants de son âge. Et pourtant, il ne s'était jamais senti particulièrement silencieux ou seul, grâce à sa musique. Sa mère lui avait appris tout ce qu'il devait savoir sur la musique, et tout deux avaient toujours pu communiquer leurs sentiments à travers des sons et des mélodies. Très vite, Valeri s'était rendu compte à quel point les mots étaient faibles et ne pouvaient en aucune façon inscrire un sentiment de façon aussi efficace que la musique. Bien sûr, les meilleurs auteurs peuvent toucher un lecteur au plus profond de son être. Mais un mot ne résonne pas dans une cage thoracique et ne fait pas vibrer, ne donne pas la chair de poule ou de frissons. Et puis, aujourd'hui, la plupart des mots ne servaient qu'à colporter des messages de haine, ou ne faisaient plus que glorifier le locuteur aux yeux des autres. Il s'était laissé illusionner par les mots d'un fanatique illuminé. Mais il avait été déçu par la société. Par les idéaux des hommes.
Il avait appris durement que les mots ne servaient qu'une société de vaniteux. Tous ces discours de la part des "nobles" de Vienne, ces intolérants, ces rapaces qui avaient besoin d'écraser les plus faibles qu'eux pour pouvoir se dire avant de dormir "Je suis puissant car j'ai le pouvoir sur eux,". Tous ces discours que tenait ce Grindelwald ou ses plus haut sbires l'aurait scandalisé dans ses plus jeunes années. Mais à quoi bon s'outrager, si les hommes ne peuvent que détruire les sociétés vouées à la grandeur ? Alors il avait décidé de les laisser faire. Il était au-dessus de ça. Il ne s'intéressait plus à la politique.
Lui-même était d'un égo surdimmensionné, il en avait conscience. Mais lui, il avait de quoi ! Lui, chef d'orchestre à la renommée mondiale. Lui, expert de la musique classique. Lui, virtuose du siècle ... De surcroît, il ne devait son succès qu'à lui-même. Sa très chère mère n'était qu'une musicienne peu reconnue, qui était tombée enceinte d'un passant dans sa vie. Il n'avait pas bénéficier de l'aide de l'argent ou de la renommée d'une famille noble.
Valeri saisit sa veste doucement et l'enfila, avant de boutonner cette dernière, avec précision, mécaniquement. Ce geste, il l'avait répété tellement de fois. Et il le répéterait, encore et encore. Il boutonna ses manches, inspira ... Il était fin prêt. Enfin, il ouvrit la porte de son bureau et se dirigea vers les coulisses.
Quand il fit son apparition sur scène, il fut accueilli par un tonnerre d'applaudissement qui remuait en lui un sentiment de fierté sans limite. Ce soir, tout le monde était venu pour lui et ses musiciens. Ce soir, on les envierait. Ce soir, on rêverait d'être à leur place. Ce soir, comme tous les vendredi soirs ... Valeri, la tête haute, le regard sûr, s'inclina légèrement devant l'audience, puis devant son orchestre. Les applaudissements redoublèrent en volume avant de s'éteindre lentement ... Plus un bruit, et le silence revint, inlassable. Tous les regards étaient tournés vers lui. Il prit une profonde inspiration, souriant, comme toujours. Puis, il leva ses deux bras, ordonnant aux musiciens de préparer leurs instruments. Il était le maître. Lui. Pas Grindelwald, ni aucun de ses pauvres sous-fifres. Lui. Ce soir, ici-même.
Et ça, même le plus grand des sortilèges ne pourrait le lui arracher. Il défendrait sa renommée toujours, et à jamais. Car le nom de Valeri Karaïev était destiné à rester graver dans les anales de la musique classique.




Prénom ou pseudoPauline, mais ça craint, appelez-moi Marry
Âge15 ans
LocalisationDans le désert avec ley dromadayres
T'es arrivé là comment ?Grâce à Julia/Théo
Un dernier mot Jean-Pierre ?J'écris comme un escargot quand je dois présenter un personnage. Je m'en excuse. *s'incline très bas*
CODES BY RAINBOWSMILE
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Je me nomme
Valeri Karaïev

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✝ Arrivée à Vienne : 14/01/2013
✝ Sorts : 26



MessageSujet: Re: Valeri Karaïev   Sam 2 Mar - 22:14

Fiche terminée ! Désolée pour ce long retard, pour les fautes (qu'elles soient d'orthographe, de style, contexte...).

_________________


"Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique."
Platon
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Je me nomme
Yolanda Yeabow

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Admin

✝ Arrivée à Vienne : 18/09/2012
✝ Sorts : 224
✝ Baguette : bois d'if et plume de phoenix



MessageSujet: Re: Valeri Karaïev   Dim 3 Mar - 9:44

J'adore ton personnage, et son histoire o/ Dis-donc, ça valait le coup d'attendre
Hâte de le voir évoluer, comme je t'ai dis *-*

Tu es donc...

VALIDÉ !

Bienvenue officiellement sur The Greater Good ! Assure-toi de respecter le règlement et le contexte lorsque tu posteras, ainsi que toutes les annexes. N'hésite pas à développer ton personnage en demandant des RPs à d'autres joueurs ou en postant sa fiche de liens, à laquelle tu pourras ajouter un futur récapitulatif de ses RP. Surtout, nous te demandons de passer ici pour recenser ton avatar, ainsi qu'ici pour recenser cette fois ton Patronus !
Et puis, entre deux RPs, viens donc flooder et jouer avec nous, puisque la section Flood t'es maintenant ouverte !

Bon RP sur TGG ! mouton

_________________


Oh ! je fus comme fou dans le premier moment !


Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement. Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance, tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé ? Je voulais me briser le front sur le pavé ; puis je me révoltais, et, par moments, terrible, je fixais mes regards sur cette chose horrible. Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve, qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté, que je l'entendais rire en la chambre à côté, que c'était impossible enfin qu'elle fût morte, et que j'allais la voir entrer par cette porte !
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Valeri Karaïev

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