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 Deux sourires, deux masques

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Je me nomme
Valeri Karaïev

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✝ Arrivée à Vienne : 14/01/2013
✝ Sorts : 26



MessageSujet: Deux sourires, deux masques    Lun 4 Mar - 21:25

L'ovation suivant les notes finales fut à nouveau grandiose, comme toujours.

"Ce soir, au Musikverein, Valeri Karaïev et l'orchestre philarmonique de Vienne : Beethoven".

Les classiques avaient toujours beaucoup de succès. La symphonie numéro sept était particulièrement appréciée, le second mouvement étant très connu. Valeri lui-même adorait cette mélodie. Le mélange des violons et des bois était absolument parfait. Il admirait Beethoven. Le russe aurait probablement mis fin à ses jours s'il en venait à perdre l'audition. Rien que d'y penser, des frissons parcouraient son échine. Qu'il perde la vue, qu'il perde ses jambes. Mais jamais il ne pourrait renoncer à toutes ses mélopées.

À la fin de leur représentation, le public les applaudit pendant presque vingts bonnes minutes. Valeri désignait son soliste de la main, faisait la révérence, saluait. Il était heureux. Il pouvait sentir son coeur, gonflé de fierté, battre dans sa poitrine. Puis il revint à la réalité quand la renommée le poussa à se rendre à la réception suivant le concert.

À peine entré déjà plusieurs personnes vinrent à sa rencontre et le félicitèrent. Ces soirées étaient d'un ennui sans nom. Il les haïssait. Les conversations inutiles, les sourires faux et les compliments inutiles ne lui étaient d'aucun intérêt. Absolument aucun. Il pourrait être en train de jouer ou de composer. Il pourrait être en train de faire quelque chose de nettement plus constructif. Les rires et les conversations fusaient de partout, le léger *cling* des coupes de champagnes était un son agréable à ses oreilles, comme des clochettes, aigu et cristallin. La musique de la soirée le consolait.

Les femmes battaient des cils devant lui, les hommes étalaient leur culture -inexistante ou inintéressantes- et parlaient politique. Il n'en avait que faire. Il connaissait déjà tous les avis. Tous ces abrutis n'étaient pas capables de réfléchir et se construire des avis critiques. Ils répétaient ce qu'on leur avait répété, encore et encore, inlassablement. Les actions de Grindelwald étaient donc justes. C'était une vérité qui ne pouvait être remise en question.

Il y avait beaucoup de personnes connues à la réception. La plupart de ces visages étaient familiers à Valeri. L'élite se devait d'assister à ses concerts, même s'ils ne l'intéressait pas. C'était un public hypocrite.

Il songea à son public au Volksoper, cachant sa nostalgie derrière son sourire et son masque de froideur habituels ...

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"Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique."
Platon
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Yolanda Yeabow

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✝ Arrivée à Vienne : 18/09/2012
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MessageSujet: Re: Deux sourires, deux masques    Lun 4 Mar - 21:56

Toujours en colère contre Théodore, Yolanda ne lui avait pas demandé de l’accompagner au Musikverein, ce soir ; elle l’y avait retrouvé tout de même, et sans lui avoir adressé la parole, avait choisi de se rendre également à la soirée qui succéderait au concert. Cette fois, elle n’était pas tout à fait prête – à peine préparée à une soirée. Une robe pourpre, dos nu, décolletée, elle était très peu maquillée, et avait gardé ses cheveux lâchés. Il fallait dire qu’elle était fatiguée, Yolanda Yeabow, entre sa vie à Durmstrang, ses intrigues à Vienne, et sa vie politique auprès de Grindelwald. Puis il y avait ses souvenirs de la vie d’avant ! Ses souvenirs qu’il ne fallait pas qu’elle oublie ! Ses souvenirs dont elle devait se nourrir sans cesse ! Jonathan, Ariane, et ces autres fantômes sans noms qui hantaient les abysses de sa mémoire, elle ne devait jamais cesser de penser à eux ! Jamais prendre le risque que leur souvenir disparaisse ! Jamais prendre le risque que leurs lumières s’éteignent !

Alors, ce soir, pour la première fois depuis longtemps, elle avait décidé de s’accorder une soirée de repos. Sans les minauderies de Théodore, sans les copies à corriger de Durmstrang, sans les cris effroyables de Grindelwald. Juste elle, et la musique.

Et elle s’était réjouie de passer sa soirée seule, dans le noir, avec Beethoven ; elle avait attendu avec impatience le moment où les lumière s’éteindraient, quand elle pourrait fermer les yeux ; et elle avait imaginé avec délice son masque de lassitude s’effondrer pour faire place au visage des rêves.
Pourtant, elle n’avait pas pu. Trop tendue ? Pas assez concentrée ?
Non. Elle en avait juste connu de biens meilleurs.
Karaïev, enfin ! L’un des meilleurs chefs d’orchestre de la ville, voir le plus bon ! Théodore l’adorait ! Elle l’avait entendu capable de prouesses musicales. Qu’est-ce que c’était que cette mollesse, que cette légèreté ? Il interprétait Beethoven, bon sang !

Aussi, lorsqu’elle l’aperçut à la soirée d’après le concert, elle prit soin de l’aborder discrètement, au milieu des félicitations et des éloges qu’il recevait.

« Monsieur Karaïev ? Yolanda Yeabow. J’ai été déçue. », souffla-t-elle, presque comme un murmure. Son sourire froid ne l’avait pas quittée, et elle avait prononcé ces dernières paroles presque joyeusement. « Je viens souvent ici. J’adore la musique. J’aime comment vous l’interprétez. Mais pas ce soir. J’ai été déçue. Je suis déçue depuis un moment déjà. J’ai connu une plus grande force, une plus grande unité d’orchestre. » Sourire. Toujours. Encore. Glacé. Toujours. Sourire. « Oh, vous allez me répondre que je suis mal placée pour faire des commentaires, que ce n’est pas facile. Vous avez raison. Mais je tenais seulement à vous le dire. Je vous ais entendu capable de prouesses musicales remarquables. Je suis intriguée. Est-ce donc le Staadsoper et le Musikverein que vous n’aimez pas ? Est-ce le public auquel vous vous adressez que vous trouvez désagréable ? »
Et sourire. Encore. Encore.

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Oh ! je fus comme fou dans le premier moment !


Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement. Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance, tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé ? Je voulais me briser le front sur le pavé ; puis je me révoltais, et, par moments, terrible, je fixais mes regards sur cette chose horrible. Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve, qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté, que je l'entendais rire en la chambre à côté, que c'était impossible enfin qu'elle fût morte, et que j'allais la voir entrer par cette porte !
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Valeri Karaïev

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✝ Arrivée à Vienne : 14/01/2013
✝ Sorts : 26



MessageSujet: Re: Deux sourires, deux masques    Mar 5 Mar - 14:18

Valeri n'écoutait même plus ce que les gens autour de lui disaient. Il avait déjà tout entendu. Quelles que soient leurs origines, ils avaient tous les mêmes choses à dire, sous différentes formes. Les gestes et les sourires étaient mécaniques et identiques.

Soudain... Une couleur vive apparut dans son champ de vision, contrastant entre tous les costumes et robes de soirées noirs, troublant la monotonie habituelle. Un pourpre qui se dirigeait vers lui.

C'était une femme. Une femme envoûtante, sa façon de se mouver était gracieuse et les hommes se retournaient tous sur son passage pour l'admirer, les femmes pour la jalouser. Mais Valeri observait autre chose. Son sourire glacial lui rappela le sien ... Encore du mensonge. À se forger un masque en permanence, on arrive à reconnaître celui des autres. Plusieurs personnes la saluèrent. De plus elle était seule, pas d'alliance, donc pas mariée, sacrilège pour une femme. Mais sa robe était une robe de marque, et son regard de toutes façons était trop fier pour qu'elle ne soit autre chose qu'une sang-pur. Mais avec la fierté se mêlait autre chose que Valeri n'arrivait pas pour le moment à cerner.

"Monsieur Karaïev ? Yolanda Yeabow. J’ai été déçue."

Valeri ouvrit légèrement les yeux sous le coup de la surprise, mais il sentit son sourire devenir un peu plus sincère. Que le mécontentement de cette femme soit fondé ou non, cela promettait d'être amusant. Il se pencha respectueusement en signe de salut.
Il avait entendu parler de Yolanda Yeabow bien des fois. Enfin il comprenait. Elle avait une réputation de femme de pouvoir. Bras droit de Grindelwald, amante d'un homme puissant ... Les rumeurs à son sujet courraient. Tout ce que Valeri savait, c'est qu'elle était une femme, et qu'elle avait une grande influence à Vienne. Or, les femmes étaient censées être fragiles et faibles, médisantes et mauvaises, belles et inutiles. Savoir qu'elle était une des meilleures partisantes de Grindelwald lui inspirait méprise et dédain, mais pour être arrivée là où elle en était, elle devait être intelligente, et sa force de conviction forçait le respect du chef d'orchestre.

"Je viens souvent ici. J’adore la musique. J’aime comment vous l’interprétez. Mais pas ce soir. J’ai été déçue. Je suis déçue depuis un moment déjà. J’ai connu une plus grande force, une plus grande unité d’orchestre. Oh, vous allez me répondre que je suis mal placée pour faire des commentaires, que ce n’est pas facile. Vous avez raison. Mais je tenais seulement à vous le dire. Je vous ai entendu capable de prouesses musicales remarquables. Je suis intriguée. Est-ce donc le Staadsoper et le Musikverein que vous n’aimez pas ? Est-ce le public auquel vous vous adressez que vous trouvez désagréable ?"

Son sourire s'agrandit. Aucune trace de moquerie, il appréciait les critiques. Et cette femme se doutait-elle qu'elle avait vu juste du premier coup ? Seulement Valeri ne pouvait pas juste dire que son public ne lui plaisait pas. Ce ne serait pas correct. Ce qu'il pouvait haïr la politique dans la musique.

"Au contraire Mademoiselle Yeabow. Si vous aimez la musique et assistez souvent à des représentations, vous pouvez tout à fait avoir votre mot à dire."

Un homme passa, lui serra la main en le félicitant et passa son chemin, sans même s'excuser de l'avoir interrompu. Valeri ne put s'empêcher de soupirer, imperceptiblement, du moins il le croyait. Il retourna à Yolanda Yeabow, lui offrant son plus beau faux sourire qui les faisait généralement toutes rater un battement de coeur.

"Je ne saurais vraiment vous répondre Mademoiselle. J'apprécie votre franchise, vraiment, et vous en remercie. Peut-être est-ce l'âge qui me rattrape ? Je serais en train de devenir gâteux." dit-il en riant.

La musique changea sur une valse et Valeri, avide de s'éloigner temporairement de la foule, tendit son bras à Yolanda Yeabow.

"Auriez-vous l'obligeance de m'accorder une danse ? Bien sûr, si le coeur ne vous en dit pas, vous n'y êtes point obligée ..."

Ça y est. Avec de la fierté, il cernait de la fatigue.

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Yolanda Yeabow

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MessageSujet: Re: Deux sourires, deux masques    Mar 5 Mar - 20:37

Visiblement, Yolanda Yeabow avait attiré l’attention du chef d’orchestre ; son avis devait bien la changer des félicitations froides des gens qui n’y connaissait rien, qui étalaient sans cesse une culture inexistante et qui, au lieu d’impressionner, irritaient au plus haut point.

En outre, elle était certaine d’avoir vu juste – encore sa sûreté ! affreuse qualité ! défaut ravissant ! sa sûreté imbécile, qui pouvait la condamner comme l’aider dans la même journée ! Un homme si intelligent, si vif, si doué, plongé à ce point dans son art, ne se lassait généralement que trop rapidement des jeux mondains.

Yolanda n’aima pas le « Mademoiselle » dont il la qualifia, comme si elle n’était encore qu’une toute jeune fille naïve et inexpérimentée. Fallait-il donc avoir uni sa vie à celle d’un étranger pour être considéré comme quelqu’un de mûr et d’âgé ?

Il lui offrit un sourire qu’elle n’apprécia pas beaucoup, avant de lui assurer qu’elle avait totalement son mot à dire, si elle était amatrice de musique, puis qu’il appréciait sa sincérité. Oh, ne mentait-il donc pas, vraiment ? N’était-il pas comme tous ces gens, ces hypocrites, ces effrayants comédiens ? Elle ne saurait le dire. En réalité, ses paroles douces et intelligentes contrastaient trop avec sa mine faussement réjouie.

Elle fut soulagée néanmoins lorsqu’elle le vit rire. Le rire la détendait. Le rire ne pouvait pas être faux. « Oh non, Monsieur… Du moins je ne l’espère pas… Mais je suis certaine que vous retrouverez votre vigueur naturelle… J’ai été trop accoutumée à vos exploits musicaux pour pouvoir m’en passer, et pour imaginer le déclin d’un tel artiste. »

Son invitation à danser la surprit agréablement, aussi accepta-t-elle avec un sourire obligeant, tout en espérant secrètement que Théodore, au fond de la salle, la remarquerait. « Oh, ce serait un plaisir et un honneur, Monsieur. » Et, ravie, elle prit le bras que lui offrait le chef d’orchestre pour ensuite glisser contre lui, malicieuse, et entamer la valse. Très vite, elle retrouvait le plaisir de virevolter dans les airs, et la joie de cet instant volé colorait ses joues, comme une petite fille.

« Oh, j’adore cet air ! », s’émerveilla-t-elle comme une petite fille. « C'est Johann Strauss, n’est-ce pas ? ». Puis c’était qu’il savait danser, lui, au moins ; il évoluait tranquillement, sans faux pas, avec un sens du rythme parfait. « Mais vous êtes un excellent danseur, dites-moi ! », fit-elle remarquer avec un sourire joyeux qui éclairait ses traits, son visage tout près du sien.

Enfin elle se reprit rapidement, et derrière son sourire amusé d’enfant, elle se demanda qui était exactement Valeri. Prêtait-il allégeance à Grindelwald ? Ou aux Résistants, si discrets, si intelligents, tellement dans l’ombre, qui avaient eu le temps de préparer une attaque surprise dernièrement ?

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Oh ! je fus comme fou dans le premier moment !


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Valeri Karaïev

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MessageSujet: Re: Deux sourires, deux masques    Dim 10 Mar - 20:14

Ses paroles semblaient sincères. Pour une fois. Il ne put que lui adresser un signe de tête reconnaissant.

Elle dansait très bien. Extrêmement bien même. Rarement avait-il eu droit à telle partenaire. Elle semblait être habituée aux invitations, aux danses, aux regards des autres emplis d'envie. Elle semblait également heureuse.

"Oh, j’adore cet air ! C'est Johann Strauss, n’est-ce pas ?"

Valeri lui sourit. Elle le surprenait de plus en plus, et de façon bien agréable.

"Tout à fait. Ses valses sont très connues, surtout celle du Danube bleu. Mais vous le saviez déjà, non ?"

Elle lui répondit par un grand sourire.

"Mais vous êtes un excellent danseur, dites-moi !"

C'était une très belle femme, Valeri n'aurait jamais pu affirmer le contraire. Il pouvait sentir les pans de sa robe suivre ses mouvements. Cette danse était très agréable, il ne pouvait le nier. Lentement, il se prêta au jeu.

"Je me demande Mademoiselle ... Quel est votre compositeur préféré ?"

Les danseurs autour d'eux se pressaient, mais ils se tenaient à une certaine distance. Valeri sentait que Yolanda Yeabow était fière. En cela, elle lui rappelait Lavr. Ils avaient tous les deux une lueur au fond de leur regard, bien distincte. Peut-être était-ce qui attirait tant les autres, le commun des mortels ? Était-cette lumière qui attirait Valeri ? Il ne saurait trop dire.

Il aurait aimé que tous ces bourgeois et prétentieux sang-purs aient une personnalité au moins aussi intéressante que celle-ci. Mais tous étaient d'une banalité affligeante.

"Oserais-je vous avouer que mes premières années à Vienne me manquent ?..." demanda-t-il à mi-voix, sans perdre son éternel sourire.

Par ses premières années, il entendait ses années aux Volksopper. Il entendait son public adoré. C'était décidé, il devait y retourner d'ici peu. Ne serait-ce que pour assister à un veau-de-ville.

La musique changea sur une valse de Schubert en si mineur. Valeri adorait ce morceau et ce compositeur et ne put s'empêcher de chantonner les notes.

"Ahh, Schubert. Tous ces morceaux ont une mélodie bien recherchée. Le Trio Opus Cent est fantastique, l'avez-vous déjà entendu ?... Encore un génie mort bien jeune. Trente-et-un ans. Quel gâchis ..."

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Yolanda Yeabow

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MessageSujet: Re: Deux sourires, deux masques    Dim 10 Mar - 21:51

Au fur et à mesure de la danse, Yolanda, ravie, sentait le masque de son cavalier se dérider – elle en était fière. Quelque chose de rassurant émanait de cet homme, et il semblait devenir de plus en plus sincère avec elle, de plus en plus détendus. Ses sourires francs la ravissaient.

C’était un homme profondément maître de lui-même, qui savait ce qu’il faisait, ce qu’il aimait, et pourquoi il vivait. Un homme comme elle en trouvait de moins en moins dans la haute société viennoise.
Elle aima le sourire qu’il lui adressa.
« Oh, vous me posez une question difficile. J’aime beaucoup Mozart, mais je vous avoue que j’éprouve une grande fascination pour le personnage de Beethoven. Je suis surtout très admirative devant la force qu’il y a dans leur musique. Mais Tchaïkovski réussit à me charmer également. »

Lentement, il se laissait aller à la confidence.

« Le public était-il donc si différent, Monsieur ? Meilleur au point de vous faire regretter vos premières années ? Alors si c’est cela qui vous bloque, vous devez y retourner. Ce serait dommage de laisser une société ignorante anesthésier votre génie et endormir vos dons… », répondit-elle, en retrouvant une gravité légère et un sérieux éphémère.

Ce n’était plus l’aristocrate qui parlait, mais la simple amatrice d’art, femme passionnée qui savait que la raison était l’esclave des passions. Elle eut un nouveau sourire simple, et se délecta de la valse de Schubert qu’on venait d’entamer. Connaissant très mal le morceau, se délectant de le redécouvrir, elle se laissa porter par les pas de Valeri Karaïev et par la beauté de la musique. C’était vif ; c’était saccadé ; c’était doux. Ils s’envoleraient presque.

« Oh, oui, j’aime beaucoup ce morceau… », sourit-elle lorsqu’il parla du Trio Opus Cent. « Mais vous avez bien de la chance, Monsieur Karaïev, d’exercer ce métier-là qui vous passionne… Nous, amateurs passifs et passagers, nous ne faisons qu’admirer bêtement ce que d’autres ont fait, alors que vous, vous vivez… Je veux dire… Oui, vous vivez la musique, et tous ces morceaux extraordinaires… », glissa-t-elle, confuse, pensive, et légèrement admirative. La douce sympathie que Karaïev avait témoigné à son égard avait suffit pour dompter, en quelques instants, la flamme fière qui brillait sans cesse dans ses yeux.

« Mais c’est étrange… Vous ne cessez de me rappeler quelqu’un… Vraiment… Pourtant, nous ne nous sommes jamais croisés avant, n’est-ce pas ? Vous avez de la famille à Vienne, peut-être ? »

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Valeri Karaïev

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MessageSujet: Re: Deux sourires, deux masques    Jeu 14 Mar - 23:26

La musique changea à nouveau sur un rythme encore plus rapide. Ah, Schumann aussi savait y faire, se dit-il.

Bien que Valeri n'approuvait en aucun cas les idéaux de Yolanda Yeabow, il trouvait sa compagnie plutôt plaisante. Elle avait des choses intéressantes à dire et un sourire avenant. Cette femme pourrait avoir n'importe quoi grâce à son sourire.

"Tchaikovsky est l'un des rares compositeurs à pouvoir retranscrire l'esprit de mon peuple. Je dois avouer que nous sommes plutôt complexes. Mais notre complexité peut avoir ses charmes si elle est comprise, comme chez Tchaikovsky."

Il accéléra la cadence de leur valse, sentant sa compagne à l'aise avec les pas. Il se demanda si elle jouait d'un instrument. Probablement avait-elle du apprendre dans sa jeunesse. Mais elle était du genre impatiente, et avait sûrement abandonné en chemin.

"Mais le génie de Mozart est incontestable, pour sûr. J'admire cet homme. On en fait plus des compositeurs comme lui. J'aurais tout donné ou presque pour ne serait-ce que l'apercevoir."

Mozart était incontestablement l'un des compositeurs préférés de Valeri. Virtuose, comme lui, mais plus grand encore, génie de la musique classique. Mais piètre homme dans la vie de tous les jours.
En cela Valeri se différenciait de lui.

Elle était intelligente cette femme. Elle était observatrice. Elle observait chacune de ses réactions, chacune de ses expressions.

"Retourner là-bas ? Je ne sais pas ... Comment pourrais-je retourner en arrière ? Après toutes ces années ? C'est tout bonnement impossible. Mais le Volksopper me manque tellement ... Pas un jour ne passe sans que j'y songe ... Mais je ne peux rêver d'une véritable renommée dans un tel cadre."

Valeri pouvait-il vraiment se fier à elle ? Pouvait-il lui faire part de ses sentiments quand au public auquel elle appartenait ? Serait-elle choquée, blessée, ou bien au contraire, compréhensive ? Il hésitait à lui en dire plus. Il s'emportait beaucoup trop vite. De plus cette femme était loin d'être son amie ... Valeri n'avait eu que très peu d'amis au cours de sa vie. Le seul qui l'aie vraiment marqué, Lavr, était mort. Mais cette femme semblait tout à fait lucide et loin d'être le genre d'hypocrite qu'il croisait généralement.

"Le public ici est tellement différent. Depuis toujours, je suis habitué aux publics populaires, au public des rues ... Peut-être ai-je juste du mal à m'adapter ? Mais en vingt ans, comment n'aurais-je pu m'y faire déjà ?"

C'était une question rhétorique. Il savait déjà très bien ce qui n'allait pas, il savait très bien que son
public était ailleurs. Il lui offrit encore, encore et toujours, son doux sourire froid.

"Un métier dîtes-vous ? Oh mais c'est tellement plus ! Tellement plus ... C'est un autre mode de vie,
c'est une autre façon de penser, c'est un rêve devenu réalité. Déjà, à l'âge de cinq ans, avant même,
je savais que ce serait la seule chose qui me comblerait. Je n'ai plus besoin de rien, je suis heureux
et pourrai mourir en paix.
"

Et il était sincère. Il le pensait réellement qu'il pouvait mourir serein. Le seul regret qui surgirait
serait de ne pas périr en Russie. Mais il se considérait déjà privilégié, et cela n'était pas offert à tout
le monde.

"Faire partager l'art de mes idoles est un privilège. Et c'est loin d'être facile. Diriger un orchestre, lui
imposer votre vision des choses, vision qui se doit d'être la meilleure de toute ... Vraiment, c'est
bien loin d'être facile, contrairement à ce que beaucoup pourraient penser. Mais malgré tout, cela
reste la plus belle des "professions". Mais la vôtre m'échappe Mademoiselle Yeabow ...
"

On avait du lui dire ce qu'elle faisait dans la vie. Il devait avoir oublié. Il ne payait vraiment aucune
intention à ce genre d'information. Il se fichait bien du métier d'un tel ou d'une telle. Puis, elle
mentionna une impression de déjà-vu.

"Je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontrés. Peut-être nous sommes-nous croisés ? J'aurais très bien pu
avoir de la famille éloignée à Vienne. Mais ma mère et moi-même avons vécu toute notre vie en
Russie, avant ...
"

... Avant de tout perdre ...

"Avant d'avoir à quitter le pays. Je n'ai jamais connu mes grands-parents. Je serais tout à fait
incapable de vous répondre à vrai dire,
" dit-il, une lueur rieuse dans le regard.

Il aurait pu avoir du sang allemand, il n'en saurait rien ! Cette situation, sans qu'il ne sache vraiment
pourquoi, l'amusait.

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MessageSujet: Re: Deux sourires, deux masques    Ven 15 Mar - 7:41

Elle adorait l’entendre parler de la musique, parce qu’elle sentait tout au fond d’elle que c’était un homme comme elle, un être de chair et de sang qui se laisser consumer par les flammes des passions, tout comme elle. Lorsqu’elle habitait encore en Angleterre, seule dans son grand Manoir, sans Théodore, il lui était arriver de s’enfermer des nuits entières dans sa bibliothèque, à s’oublier, grisée. « C’est magnifique de vous entendre parler de ce que vous faite de cette manière… », glissa-t-elle. « Mais je pense, Monsieur, que si l’on tient vraiment à retrouver quelque chose, on trouvera toujours un moyen, n’est-ce pas ? »

Elle imaginait combien le public du Volksooper devait être différent. Il devait y avoir du rire, une atmosphère bruyante, et on ne devait pas avoir peur d’applaudir, alors qu’ici… ici on ne riait pas, on souriait juste, de ces sourires froids que personnes ne savait interpréter. Moins d’émotions se dégageaient, c’était certain. Parce qu’on avait peur de montrer qu’on avait été touché, déçu, ou tout simplement parce qu’on ne savait pas les ressentir ?

« Oh, moi… Je suis directrice-adjointe de Durmstrang. Et j’y enseigne l’Histoire de la Magie, qui me passionne », laissa-t-elle échapper sur le ton de la conversation. « Mais vous voyez, Monsieur, je suis comme vous et mes premières années d’enseignement, à Poudlard, me manquent affreusement aussi… Bien que l’établissement soit moins prestigieux que Durmstrang où je suis maintenant… », confia-t-elle, et ses yeux se voilèrent. Qu’est-ce qu’elle venait donc de dire ? Se laisser aller à la confidence avec un presque inconnu ? Mais quelle idiote ! N’était-elle donc pas consciente des risques qu’elle courait, à parler comme ça au premier venu ? Mais bien sûr, bien sûr que Poudlard lui manquait et, s’il ne fallait pas donner sa confiance et prendre celle d’étrangers, elle se sentait proche de Karaïev, dans sa triste histoire et dans son comportement. En réalité, c’était un exilé, un banni, comme elle – parce que Yolanda savait que l’Angleterre ne l’acceptera plus jamais sur sa terre.

Elle aborda ensuite le fait que son visage lui disait quelque chose, mais il lui assua qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés avant – croisés, peut-être, pas plus, et elle lui offrit un sourire obligeant.

La musique s’arrêta doucement, avec une lenteur délicieuse. « [b]Excusez-moi, je dois retrouver… Enfin je ne peux plus tarder. Monsieur Karaïev, ce fut un plaisir d’avoir dansé et parlé avec vous. A très bientôt, j’espère.[/b] », le congédia-t-elle joyeusement. Son visage était illuminé comme celui d’une petite fille lorsqu’ils se quittèrent.

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MessageSujet: Re: Deux sourires, deux masques    Ven 15 Mar - 16:07

Retourner au Volksopper ... N'y rêvait-il pas un peu chaque jour ? Mais il fallait vivre sur Terre. Il ne pouvait retourner en arrière. Plus que tout, il voulait rester un grand nom de la musique classique. Et le Volksopper ne pouvait lui offrir la postérité.

Cette femme était déroutante. Elle était intelligente. Elle était belle. Alors pourquoi suivait-elle un lunatique, un abruti, un tyran ? Ne comprenait-elle pas les idées et les actes effrayants qu'étaient les leurs ? Cachait-elle son jeu ? Yolanda Yeabow laissait Valeri totalement perplexe. Il se demandait comment on pouvait réelement en venir à croire à des races supérieures et inférieures ... C'était bon pour les escalavagistes. Que dirait-elle si le jour d'après un pays en asservissait un autre ? Approuverait-elle ?

Elle était là, contre lui, insousciante, libre, belle. Elle semblait ne plus se soucier de rien. Elle discutait avec lui comme s'ils se connaissaient depuis des années, comme s'ils étaient des proches. Et il le lui rendait bien. Il avait beau haïr ses idéaux, mépriser son héros, il la trouvait bien agréable. Enfin, bien sûr, il ne connaissait ni son passé, sûrement taché de mensonges, de trahisons et de meurtres. Elle devait avoir bien usé du sort interdit. Valeri n'avait jamais tué personne. Il espérait ne jamais avoir a tué quiconque. Les autres n'avaient pas à prendre sa vie, il n'avait pas à prendre la vie des autres.

"Un homme passionné se laissera toujours emporté. Heureusement que mes monologues sur mes occupations ne vous ennuient pas. Mais j'ai bien peur que les choses ne soient aussi simples ... La société détient le pouvoir sur tous les hommes, aucun ne peut lui échapper. Nous devons tous, un jour ou l'autre affronter les contraintes de la vie."

Les contraintes de la vie, il lui semblait qu'il avait eu à les affronter depuis sa naissance. Même à présent il leur faisait face. Mais n'était-ce pas le cas de tout le mondre ?

Par exemple, Yolanda Yeabow. Elle semblait en avoir vécu des choses elle aussi. Il y avait quelque chose dans son regard. Du regret, de la fatigue ... Directrice adjointe ... Comment serait-elle arrivée là sans avoir à faire des sacrifices ? Mais elle s'oubliait. Sa fierté qu'elle arborait au début de la danse s'était atténuée. Valeri avait cet effet sur les femmes. Elles s'oubliaient avec lui. Il sourit quand il décela dans son regard la confusion. Elle se demandait comment elle pouvait se laisser ainsi. Valeri le savait, elles se le demandaient toutes.

Le rythme de la musique ralentit peu à peu, les notes se firent plus paresseuses ... La musique s'arrêta. Ils se séparèrent, souriants tous les deux. Elle le salua.

"À bientôt Mademoiselle,"dit-il en prenant sa main et la portant à ses lèvres.

"Ce fut un plaisir,"dit-il en la lâchant.

Elle lui offrit un dernier grand sourire, sincère, et séloigna, se perdant dans la foule.

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"Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique."
Platon
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